Translémanique en solitaire 2020

Le dernier week-end de août, 100 bateaux qui prenaient le départ de la Translémanique en solitaire. Quatre (!!!) de nos membres y participaient, Yannick et Felix en vétérans, Charlotte et Loïc les bleus de l’histoire. Voici le récit de ces 4 courageux, agrémenté de conseils techniques et tactiques, et des différents états d’esprits durant la course.

Yannick nous offre quelques conseils de préparation de haut de son expérience considérable sur cette régate, surtout pour les petits nouveaux qui se lanceraient dans l’aventure

« Je pense que la préparation du bateau est essentielle. Encore plus quand on débute. Elle limite le risque de faire face à des problèmes techniques, il y a déjà assez à faire avec les réglages, la vitesse du bateau, la stratégie et tactique.

Cette année, comme je l’avais fait pour mes participations précédentes, ma préparation s’est limitée à celle du bateau (pas de navigation de préparation) : nettoyage du dessous du Surprise, tour du bateau pour vérifier que rien n’est abîmé, scotch sur tout ce qui dépasse et pourrait ou se défaire ou déchirer une voile. Il y a aussi quelques éléments à installer, comme le bout pour tenir la barre droite et corriger la direction depuis l’avant du mât, ou les sacoches à l’entrée de la cabine, pour y mettre de la nourriture.

Si je devais donner un conseil pour une première expérience, ce serait donc de bien préparer le bateau, en demandant des conseils aux plus expérimentés et surtout sans oublier de laver le dessous du bateau : j’ai déjà régaté avec un bateau sale… ça n’avance pas et c’est très frustrant ! »

Il fini tout de même avec une jolie 7e place !!

Manger, c’est important !

Felix jette un œil pragmatique et tactique sur sa course.

« Pour le départ c’est un réveil tôt samedi matin. Je monte au mat pour refaire la marque de jauge, ce qui me permet de remarquer que l‘anneau brisé de l‘axe de l‘étai manque ! Une fois sorti du port, un léger courant du nord s‘installe, je me place donc côte française pour partir.

Au top départ suis assez loin de la ligne mais avec de l‘air frais : j’arrive à bien avancer. Gentiment je me laisse un peu tomber vers le tier du lac et avec l’air plus régulier qui s‘installe, les bateaux commencent à bien tricoter. Un peu avant la sortie du petit lac, je me déplace gentiment côte Suisse comme la bise commence à bien s’établir. Au large de St Prex je peux commencer à ouvrir les voiles et tracer à 6-7nds en longeant la côte. Ça paye assez bien et je me place dans les premiers de la flotte des Surprises.

 

 

Puis le vent commence à mollir et le groupe se dirige vers milieu de lac. Vu d‘un mauvais choix de spi je reste scotché à 2milles de la bouée et le paquet derrière peut me rattraper. Finalement je passe dans les 5 premiers au Bouveret, à la tombé de nuit et la flotte remonte gentiment au près. Je fais le choix de rester avec les autres qui restent dessous tandis qu‘il y a un groupe qui essaye de chercher par le nord pour trouver plus vite la bise annoncée.

Jusqu‘à l‘entrée du petit lac ça se passe assez bien. Mais de nouveau un choix de changement me pénalise. Sous spi, les bateaux glissent gentiment en direction Genève. Malheureusement deux bateaux me passent en longeant la côte juste avant la ligne. Finalement je passe la ligne en 14ème position. Pas le résultat espéré mais une belle course avec du vent et des options stratégiques.

A l‘année prochaine ! »

Charlotte dépeint « son challenge de l’année » et son état d’esprit tout au long de la course :

Un carénage s’imposait, c’est chose faite !

 

« J’ai pu répéter quelques manœuvres en solitaire sur un autre Surprise prêté, mais dans du vent très très léger. Au vu de cette préparation à peu près inexistante, j’appréhendais un vent soutenu lors de la course et un manque de confiance par rapport aux autres navigateurs pour coller au paquet. J’avais trois objectifs : pas de casse, avoir du plaisir, et terminer le parcours ! Je partais donc sans pression, mais avec quand-même une certaine dose d’appréhension quant à mes capacités à relever ce défi !

 

J’ai pu convoyer mon Mojito de Founex vers Genève à la voile le jeudi soir, j’en ai profité pour préparer un peu le bateau : scotchs, changement de quelques poulies etc. C’était aussi l’occasion de découvrir la nouvelle GV ! Samedi matin je suis arrivée passablement stressée et motivée, un doux mélange de peur et d’envie de bien faire. Et puis c’était parti !

 

Premier moment marquant après deux heures de course dans du vent instable et très léger lorsque je fais tomber mon instrument tactique à l’eau : après quelques instants de sidération je me dis que la boussole (obligatoire à bord heureusement) suffira, je n’ai qu’à bien naviguer à la sensation et la vitesse devrait jouer.

Et puis le vent monte, je suis tiers lac à la Suisse. Ça moutonne devant Morges, je n’ai pas la dextérité des autres Surprises à proximité et je perds du terrain à chaque risée. Et puis ça baisse petit à petit. Je vois des mâts au loin, qui deviennent de plus en plus grands : je rejoins un paquet de bateau scotchés au large de Lausanne ! À ce moment-là je me demande comment j’ai pu faire pour être si proche de grands bateaux susceptibles d’aller tellement plus vite que moi… ça me motive ! Et puis ça redémarre, pour un passage dans le début de la nuit au Bouveret, sortie au près. Dès que le bateau est réglé, j’ai un petit moment de contemplation en réalisant que ça y est, j’ai passé le Bouveret et je suis en train de rentrer à Genève, déjà ! À ce moment je réalise que je suis vraiment là, seule sur mon bateau dans cette nuit très noire, mon ciré trempé, et que je suis en train de m’amuser à fond !

Je remonte un peu à la côte suisse, mais je décide assez vite d’écraser et de partir au large, cap sur Prangins. J’ai l’impression d’être seule au monde, je prends le temps de regarder la cartographie et je vois que d’autres bateaux ont pris la même option, impossible de les apercevoir.

 

 

 

 

À l’approche du petit lac je songe au meilleur moment pour envoyer le spi (déjà bien imbibé par la pluie…). Ensuite vient une transition par l’avant de bise vers de la Molaine, et ça continue avec le spi de l’autre côté. Ça doit faire au moins cinq heures que je me sens ´on fire ´ et je suis super contente d’être là en train de naviguer ! Je suis tellement contente que je me répète combien c’est une aventure hors norme, je relâche un peu la concentration, j’ai accumulé de la fatigue, et je rate complètement mon entrée dans la rade, comme une bleue ! Pour la deuxième fois je rattrape des bateaux par l’arrière. Au lieu de venir me placer vers eux, je veux trop bien faire et je prends une option à terre qui ne passe pas : à plusieurs reprises je suis en bordure d’une risée, dans laquelle je n’arrive a pas entrer avec mon spi. Ça aurait été le moment de l’affaler, ou de trouver un compromis pour lofer puis glisser. Mais je me fais avoir, la risée s’étouffe et je me retrouve en mauvaise posture ! Les bateaux défilent sous mon vent, et je mets un temps infini à rejoindre la ligne, le jour pointe même son nez ! Enfin je franchis la ligne, la frustration est de courte durée car je suis tellement contente ! J’ai terminé, j’ai cassé seulement un barber, tout est mouillé dans le bateau, mais j’y suis arrivée avec tellement de plaisir !

En plus du prix spécial récompensant la première navigatrice au temps compensé, je repars avec beaucoup d’apprentissages, et je réalise surtout combien il m’en reste à acquérir ! Je suis extrêmement reconnaissante envers toutes les personnes qui m’ont poussée à m’inscrire et qui m’ont apporté leur aide ou leurs encouragements avant la course. Les mots d’encouragements, les petits coups de mains que j’ai reçus par-ci par-là témoignent de l’ambiance sportive de cette course, et je suis très heureuse d’avoir bouclé le parcours avec des concurrents d’un tel niveau autour de moi et surtout si fair-play ! Je suis extrêmement reconnaissante envers le LUC Voile qui m’a permis de participer, et surtout aux propriétaires de Mojito d’avoir cru en moi pour leur ramener le bateau en un seul morceau !

Première femme aux temps compensés !

 

À refaire ! L’année prochaine, qui sait ?! »

Une 25e place pour Charlotte, honorable pour une première !!

Loïc nous fait vivre sa course, ses choix en temps que bizut et sa satisfaction à l’arrivée

« Convoyage la veille, à la voile dans du vent soutenu, de face et sous des trombes d’eau à la fin. Objectif : ne pas mouiller l’intérieur du bateau afin d’y dormir le vendredi soir avant la course.

Après 7 heures de convoyage enfin arrivé à Genève. Mes acolytes s’enfuient retrouver un endroit plus chaud et sec je me retrouve tout à coup seul….

Confirmation d’inscription effectuée c’est l’heure du briefing et du point météo. Grosso modo une tendance bise est annoncée pour samedi fin d’après-midi / soirée. Le reste : difficile de prévoir ; beaucoup de pluie, peu de vent et variable. Les solitaires du LUC Voile se retrouvent ensuite pour manger ensemble et discuter stratégie. Le maître mot restera : ouvrir les yeux. Et il ne s’arrête toujours pas de pleuvoir. Je suis admiratif des concurrents qui finissent de préparer leur bateau de nuit sous la pluie à régler leur gréement et monter dans le mât scotcher les barres de flèches.

Il est gentiment 21h30 et il me reste encore de petites réparations sur le génois à faire et encore plein d’autres choses mais il faut dormir…. Alors, tampi pour les « plein d’autres choses ».

Samedi matin 6h réveil et douche. Le départ de la course est prévu pour 9h. En arrivant dans les vestiaires je vois les salopettes et vestes de tout le monde entrain de sécher au chaud, heureusement je me suis organisé pour avoir 4 vestes et 3 salopettes (seulement pour les 24h de course). Merci à toi cher responsable matériel.  😉

Préparation des Tupperware, préparation des Thermos, Check météo rangement du bateau et c’est déjà l’heure de quitter le port, le temps passe trop vite.

Les 100 bateaux s’alignent et le départ est lancé. Malheureusement peu de vent et variable, le côté suisse est préférable pour ce début de course et je suis côté France… petit à petit je me retrouve en queue de flotte alors que je donne tout…. Bon… sur le point de commencer à m’énerver je me sers un thé et je mange. Et comme par magie le bateau redémarre avec une belle trajectoire. Puis, petit à petit je remonte et en sortie du petit lac je me retrouve sur l’avant des surprises. Difficile de choisir s’il faut aller au Bouveret en ligne droite, devant les bateaux avancent. Ou alors faut-il longer toooooouuuuute la côte suisse en passant devant Lausanne ?

 

 

C’est déjà le début d’après-midi, sans pilote automatique regarder le tracking sur le téléphone c’est l’enfer. ca ne marche pas bien, les bateaux sont loin et je sens que je me fait rattraper mais tardivement. Je comprends que la bise est déjà en train de s’installer et qu’il faut aller plus coté Suisse. Alors avec Yannick juste à côté, nous remontons en escalier recalages après recalages. Je prends en chasse Yannick qui ne s’arrêtera jamais de s’éloigner sous la pluie et dans ce vent fort qui fait des appels du pied pour prendre un ris. En sortant de la pluie, nous sommes tout proche du Lavaux et nous découvrons qu’une grande partie des concurrents sont arrêtés au milieu du lac. C’est à peine croyable…

C’est maintenant la fin d’après-midi je suis trop focalisé à faire avancer le bateau plutôt que m’habiller pour la nuit => Erreur.

Descente sous spi direction le bouveret. Avec les nuages bas la nuit tombe très rapidement et le vent monte petit à et petit mais pas trop fort. Ça commence à devenir sport. Il fait nuit le pont est trempé et donc glissant, il est difficile d’estimer la distance à la bouée, repérable par un feu clignotant blanc. Et je ne suis pas le seul j’arrive avec un groupe de bateaux. Quand je décide d’affaler le spi, soudainement, le vent se lève alors que je suis en train d’enlever le tangon. Je sens le bateau se faire tirer par à-coups par la tête de mât. Tout s’accélère et devient presque ingérable. Le speedo affiche 8-10 nds. A 20m de la bouée que je suis supposé laisser à gauche je la vois à droite et je pilote le bateau depuis le mât avec le système de ficelle tout en « gérant » les bateaux à côté et toujours avec le spi…

Le spi est finalement affalé de façon magique et tout rentre dans l’ordre. En revenant dans le cockpit je vois des taches dans le cockpit et mon talon me picote. Enfaite, ça dégouline de sang… Pas à flot mais suffisamment pour que je me sente mal. En effet je n’ai pas réussi à trouver 2 paires de bottes. Et je voulais garder des bottes sèches pour la nuit afin de ne pas avoir froid. Je bois beaucoup, je mange, et c’est reparti mais toujours sans les bottes, de peur de mettre de la saleté dans la blessure. Finalement avoir froid aurait été préférable à la blessure.

 

 

Le chemin gagnant était côté suisse à l’aller. Alors je choisis de repartir côté Suisse. Malheureusement, le vent s’est établi sur tout le lac et la route directe est nettement plus favorable. J’espère tout de même faire un gros bord de spi dans du vent fort 💪 proche de St-Prex. J’hésite un peu à envoyer le grand spi car je suis au bon plein et le bateau me fait comprendre qu’il y a de l’air. Finalement, une fois le grand spi en tête ça manquait d’air. Arrivé dans le petit lac c’est la fête ! Il faut mettre, enlever, remettre et enlever à nouveau le spi. C’est alors que je remonte et remonte des places jusqu’à la ligne d’arrivée. Le dernier concurrent atteignable est juste à côté de moi à 20m sur l’avant gauche.

Nous devons passer une bouée introuvable dans les lumières de Genève qui finira par apparaitre à 10m devant le bateau sous le spi pendant que le concurrent venait se coller à moi pour m’empêcher de voir et d’avoir la bouée. Finalement je termine 7secondes devant lui. Par la suite j’apprends que je suis passé au Bouveret en 9eme position des surprises, et au final je serai 22eme/33 au classement des surprises et 31/100 au général en temps compensé. Le lendemain en rentrant à Lausanne Pierre vient m’aider à ramener le bateau, nous constatons qu’il y a de la neige sur les montagnes. La course était belle, des nuages magnifiques, il y avait du vent, c’était génial. Je suis content de moi, j’ai tout donné je n’aurais pas pu faire mieux. Je n’ai raté aucun envoi de spi ni aucune affalé et je ne me suis pas énervé une seule fois, c’était super ! »

Bravo à tous, c’est beau d’avoir 4 bateaux du LUC sur une flotte de 35 Surprises ! Et il semble qu’ils soient tous d’attaque pour une nouvelle édition, fort de leur expérience !


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